top of page
  • Photo du rédacteurLu

LA VOLEUSE DE TEMPS

ELLE EST ENTRÉE DANS NOTRE VIE PAR LA PORTE D'EN ARRIÈRE ALORS QU'ON LUI A OUVERT LA PORTE D'EN AVANT.



Elle met la discorde où il y a la bonne entente. Elle installe des fausses notes là où il y a l'hamonie. Elle gruge le temps du bonheur, elle aspire les compliments et les recrache en jugements et en blâmes. Elle s'installe aussi bien dans ti-Jean qui rit que dans ti-Jean qui pleure... Elle trompe tous et chacun avec ses sourires, ses yeux rieurs et ses dires... ils sont dans le vrai des crocs, des flèches et des venins. On la croit lorsqu'elle se peine. On la console lorsqu'elle gémit mais le temps nous apprend que la fumée nous a tronqué !

Lorsqu'elle n'est pas là, on parle d'elle.
Lorsqu'on la rencontre, on parle d'elle, elle parle d'elle, que d'elle.
Lorsqu'on se remémore un souvenir elle est dans les premiers mots, les pires.
Lorsqu'on projète, on la craint.
Lorsqu'on s'élance, elle nous la coupe !

C'est la manipulatrice des coeurs, des âmes, des sens, des gros bon sens. C'est la manipulatrice des empathiques, des généreux, des compréhensifs. On se tord les méninges, mais pas elle. On s'en fait mais pas elle. On s'en confesse, mais pas elle. Pas, elle, la manipulatrice.

On résiste, on s'outille, on s'épaule, on se soutient mais la porte d'en arrière claque tout le temps. Elle claque comme quand l'orage vient la chercher avec ses grands vents. On a peur quand une porte claque ! Faudrait la condamnée, la clouée, l'enlevée même !

Elle nous vole des secondes, des minutes, des heures et même des journées, au début des mois... et là des années... Elle supporte mal le bonheur, elle l'écrase. Elle n'accueille jamais la main, elle la coupe. Elle s'enorgueillie de nous surprendre avec des mots, des phrases sorties de son sac sale mal cousu. On s'écrase facilement au début, au milieu on résiste, à la fin, cul-de-sac aidant, on lui laisse le chemin et on en prend un autre. Elle gagne toujours mais loin, elle va gagner ailleurs.

Si on parle de combat, non, on ne gagne jamais avec elle. Si on parle de la vie, on va par en avant, et on la laisse derrière essayant de l'oublier mais comme les vivaces, les racines poussent de partout sans qu'on s'y attende.

Alors qu'on a toujours aimé tout le monde, on la déteste. Alors qu'on a toujours jaser, on se tait. Alors qu'on a toujours tendu la main, on la cache dans notre poche ben loin jusqu'aux genoux ! Alors qu'on a toujours fait confiance, on se méfie, on se recroqueville, on s'éteint presque, presque.... Avec elle on a tout faux... les mots, les attentions, les attitudes, les qualités, les talents...

Mais un jour, on se relève, debout. Et là, elle tremble. Mais un jour, on regarde plus droit dans ses yeux malveillants, et là, elle shake. Un jour, on la tasse, et elle, sans empathie, va à la recherche d'une autre proie, ou encore pire, retisse sa toile autour sa proie ben solide encore... Alors on a compris qu'en ouvrant toute grande la porte d'en avant, on a fait entrer une vipère vivace par la porte d'en arrière ! Et on se rappelle, ne l'avoir jamais vue s'essuyer les pieds avant d'entrer !

Comment l'arracher à celui qu'on aime cette voleuse de temps... Comment donc ? Réponds le temps, réponds ! Et le temps réponds : Un jour, il l'arrachera lui même avec comme outil votre regard aimant.

x lu

Comments


bottom of page